Belles de Shanghaï d’Amy Tan

Editions Charleston

Nbre de pages : 634

 

Résumé : Violet est une jeune fille américaine de sept ans vivant dans la Maison de Lulu Mimi. Maison de courtisanes très fréquentée tenue par sa mère. Piégée par un amant, celle-ci quitte Shanghaï pour l’Amérique croyant que sa fille l’y rejoindrait. En réalité, Violet est vendue par l’amant de sa mère à une maison de courtisanes. Commence alors une nouvelle vie pleine d’imprévus pour la jeune fille.

Avis : 

Nous découvrons tour à tour le point de vue de la jeune Violet puis celui de sa mère nommée Lulu . Cette dernière raconte comment elle a créé l’établissement en alliant l’occident et l’orient, l’ancien et le moderne. La manière dont Lulu parle m’a fait l’impression d’avoir une redoutable femme d’affaire en face de moi et non pas juste une patronne de maison de courtisanes. Cet atout sera transmis à Violet qui le mettra en pratique plus tard.

La jeune fille raconte tout ce qu’elle voit, le quotidien de la maison, des courtisanes, la découverte de la sexualité. Il y a une véritable quête d’identité pour Violet. Son père est-il chinois, est-il mort ? En tout cas c’est une fille à fort caractère mais qui a un besoin d’amour que malheureusement sa mère de lui donne pas. Les relations mère-fille sont conflictuelles.

Malgré la force de son caractère, la mère de Violet ne voit pas le stratagème mis en place par Fairweather : l’amour est aveugle et encore je ne sais même pas si c’est de l’amour. Dans ce roman j’ai eu beaucoup de mal à savoir à quel moment les héroines ressentent vraiment des sentiments pour un homme. En tout cas l’amant de Lulu la piège et vend sa fille à une maison de courtisanes.

Là-bas, elle y retrouve une ancienne courtisane de la maison de sa mère : Citrouille magique. Elle lui fait comprendre que sa vie de sera plus la même et qu’elle doit se soumettre. Violet trouve en Citrouille magique une alliée très rusée. Puis le point de vue change  et passe à celui de Citrouille Magique. Elle décrit son enfance et ce qui lui est arrivée. Son parcours a été difficile et montre ce qu’une femme chinoise a pu vivre à cette époque.

Il y a ensuite un long passage écrit comme un manuel comportant même des titres qui fait figure de prescription sur ce que doit savoir Violet pour devenir une parfaite courtisane. J’ai trouvé ce passage beaucoup trop long et surtout ce qui est effrayant d’un réalisme tellement ordonné qu’il n’y a aucune place pour les sentiments, pour l’amour. Citrouille magique parle à la jeune fille mais aussi aux lecteurs.

Après avoir pris connaissance de toutes ces règles, Violet participe à sa première soirée où elle vite repérée par Loyauté. Celui-ci la connaît, il l’a rencontré alors qu’elle n’avait que 7 ans dans la maison de courtisanes de sa mère. Ce livre contient beaucoup de pièges pour moi car je voyais en Loyauté, le véritable amour pour Violet. Il sera son premier amant et le fait qu’il se soit souvenu de la jeune fille,  établissait un lien spécial, mais j’ai vite déchanté car la relation tourne court et dans le monde des courtisanes tout n’est que commerce.

À mesure que Violet vieillit elle perd son côté hargneux et révolté surtout son sentiment de supériorité car elle est à moitié américaine . Mais cela ne suffit pas et elle ne peut que se résoudre à être une courtisane. Après son épisode avec Loyauté, Violet tombe amoureuse d’Edward et décide de s’installer avec lui, emmenant Citrouille magique, dans ce qui est en réalité la maison de Lu Shing, le père de Violet.

Malheureusement, Edward tombe malade et meurt. Flora, la fille de Violet, lui est enlevée par la riche famille d’Edward. Violet, désespérée retourne dans le monde des courtisanes. Violet fait beaucoup de mauvais choix mais peut-on lui reprocher ? Elle décide d’épouser Perpétuel. J’ai beaucoup de mal avec les sentiments des héroines car dans le monde des courtisanes épouser un homme est obligatoirement une porte de sortie, tout ça se mélange et je ne sais pas si on peut parler d’amour entre un homme et une femme en tout cas dans ce roman.

Violet déchante une nouvelle quand elle découvre que Perpétuel à deux autres épouses en plus de tous les mensonges qu’il raconté. Violet et Citrouille magique se retrouvent dans une maison délabrée, coincées au fin fond de nulle part. A ce stade du roman, j’ai eu une réflexion sur la place de l’homme dans le roman. Je n’ai vu que des hommes pervertis par le sexe et calculateurs. Est-ce la seule image que l’on peut donner au rôle masculin même si je sais que beaucoup d’hommes ont fait souffrir les femmes et le font toujours à l’heure actuelle, j’étais triste que l’on réduise l’homme à cela.

Alors que Violet échappe à son bourreau, le récit change brutalement pour revenir à la mère de la jeune femme. Lucia dit « Lulu » raconte son enfance. Elle grandit très vite, découvre la sexualité sans amour jusqu’à ce qu’elle rencontre Lu Shing. Elle quitte alors L’Amérique ainsi que ses parents pour suivre le peintre à Shanghaï. Tout comme sa fille, Lucia voit ses illusions s’envoler. La famille de l’homme qu’elle ne l’accepteront jamais et pire encore ils lui enlèvent son fils qui devient l’héritier de la famille.

Abandonnée par Lu Shing, Lucia raconte son parcours jusqu’à la création de la maison de courtisanes où elle élèvera sa fille. J’ai trouvé le personnage masculin de référence qui me manquait en la personne de Loyauté même s’il n’est pas parfait, il est resté du côté de Violet, tout au long du roman. Les 100 dernières pages sont pour moi les plus bouleversantes. Nous voyons le lien très fort qui unit mère et fille malgré toutes les épreuves. Comme le dit Citrouille Magique on peut oublier combien le chemin a été difficile tant que tout se termine bien.

Le passé ne peut pas s’effacer mais on peut faire du mieux possible pour rendre la fin plus satisfaisante. C’est comme cela que s’est terminé le roman pour moi et ce que j’en retiens. Malgré des moments parfois longs et l’amour que j’ai eu du mal à trouver, ce livre m’a fait voyager et m’a beaucoup touché par sa relation mère-fille même si je regrette que cette relation soit explorée que vers la fin du roman.

Extrait : 

Je me demandais laquelle de mes habitudes Flora aurait adoptée si elle était restée avec moi. À  travers quel prime aurait-elle contemplé le monde ? Avait-elle hérité de la conscience d’Edward, de sa modestie, de son humour, de sa façon d’exprimer son amour ? J’éprouvais le besoin de savoir comment elle serait dans dix ans. Qu’elle soit curieuse d’esprit et tenace, priai-je.

Si j’avais pu lui donner quelque chose de durable, c’aurait été l’assurance qu’elle était aimée afin qu’elle aussi soit capable d’aimer. Je plaçai sa photo près de celle d’Edward et contemplai son visage. Je vis alors que, sur la photo, elle portait le médaillon en forme de cœur qu’Edward et moi lui avions acheté peu après sa naissance. 

À l’intérieur, il y avait deux petits portraits de son père et de moi. J’avais fait sceller le bijou, de sorte que nos trois cœurs soient toujours unis. Ma fille adorait son médaillon. J’espérais qu’elle crierait si on essayait de lui enlever et qu’elle frapperait sa fausse mère.

J’embrassai le visage d’Edward sur la photo. Je le remerciai pour son amour et pour m’avoir donné notre fille. Puis j’embrassai la photo de Flora et la remercia de m’avoir montré avec quelle force, quelle liberté, je pouvais aimer.

Je me récitai les mots de Whitman qu’Edward avait l’habitude de citer, ceux-là même qui l’avaient aidé à quitter sa famille et à se trouver.

« Résiste beaucoup, obéis peu ».

 

Note : ♥♥♥

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