Les Fauves d’Ingrid Desjours

Edition Pocket

Nbre de pages : 448

Résumé : Haiko est à la tête d’une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l’État islamique qui a pris pour cible la jeune femme. La mère d’Haiko, voyant le danger pour sa fille décide d’engager Lars, un ancien soldat revenu du Moyen-Orient. Mais si Haiko est au départ perçue comme une victime, le jeu est loin d’être terminé. Et si le statut d’Haiko passait d’innocente à … coupable ?

Avis : 

Dès les premières lignes, j’ai pensé que ce livre allait avoir un impact sur moi. Un livre qui allait compter. En effet, l’auteure parle d’un sujet qui concerne tout le monde : le terrorisme. Les premières pages nous plongent aux côtés d’un soldat djihadiste prêt à tuer les « mécréants » et l’effroi ne peut que nous toucher car nous savons qu’au même moment c’est ce qu’il se passe en réalité.

Mais l’histoire commence réellement avec le meurtre d’une amie d’Haiko et aussi collaboratrice de l’association N.e.r.f mobilisée pour stopper la radicalisation des jeunes. Nadia est tuée à la kalachnikov sous les yeux d’Haiko. Leur action ne fait pas que des adeptes et elles sont devenues la cible de l’État islamique, qui voit en ces deux femmes  un obstacle au recrutement de futurs djihadistes.

Après le meurtre de son amie, Haiko est traumatisée par la violence du règlement de compte. Sa mère décide d’engager Lars, un ancien soldat de retour d’Afghanistan reconverti dans la protection. Haiko qui veut garder sa liberté n’est pas d’accord avec cette surveillance mais se rend vite compte qu’elle peut être la prochaine cible. L’auteur se concentre aussi sur la vie de Lars qui est loin d’être rose.

Traumatisé parce qu’il  a vécu, il compense avec des médicaments et se livre à des pratiques douteuses. Lui comme d’autres soldats revenus de guerre se retrouvent dans un bar, comme une forme de soutien qu’ils n’ont pas eu de la part de l’armée. Ils représentent l’abandon de l’État qui ne prend pas en compte les chocs post-traumatique engendrés par la guerre.

Lars et Haiko sont tous les deux des personnages blessés sublimés par l’écriture extrêmement glaciale d’Ingrid Desjours. Lars apprend à mieux connaître Haiko et ressent une attirance pour elle qui est réciproque mais des rumeurs circulent sur la jeune femme. Llan, l’équipier de Lars laissent entendre que Haiko se servirait des adolescents qu’elle arrête avant leur départ pour la Syrie.

Lars est témoin de l’un des ces « kidnappings » d’une adolescente avant son départ. L’ancien soldat est surpris par la dureté de sa cliente pour emmener la jeune fille. Et lorsqu’il pose des questions sur ce qui va advenir de cette enfant, Haiko reste vague indiquant seulement qu’elle va être envoyée en Suisse.

Que deviennent ces enfants dont les parents ont donné tous pouvoirs à Haiko ? Celle-ci a t-elle des intentions cachées derrière cette cause juste qu’elle défend ? Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman c’est la peur qui s’est installée quant aux djihadistes. Dès qu’une personne se met sur leur chemin en déclarant des idées différentes, elles sont tout de suite en danger de mort.

Haiko pense pense être au dessus de cette peur mais quand le danger se déroule sous ses yeux elle réalise qu’elle n’est qu’un être humain qui veut vivre. Nous voulons tous combattre ce mal mais combien osent réellement affronter ces ennemis ?  J’ai trouvé le personnage d’Haiko très intéressant. Est-elle innocente ou impliquée dans de sombres affaires ?

Difficile de se faire une opinion avec une arrogance poussée à son maximum et une force de caractère très peu utilisée pour un personnage féminin qui cache malgré tout une fragilité propre à l’être humain. La manipulation est très bien utilisée dans le roman si bien que le lecteur ne peut savoir la vérité qu’à la fin , laissant un goût mer et de mort.

Mort qui clôt la lecture comme elle l’a ouvert en montrant un combat inutile pour une quête ridicule. En conclusion ce livre est un véritable coup de cœur. Un roman percutant mené par des personnages très forts qui ne peut nous laisser insensible.

 

Extrait : 

Il a beau essayer  de se concentrer, son esprit enfiévré galope, farouche, indomptable, fou. Ici, il voit un homme ricaner, sûr de gagner le pari qu’il a fait contre lui. Là, un autre jouit du spectacle de la bête qu’on met à mort. Partout ça gueule, ça s’excite, ça tape du poing dans le vide  ou dans ses mains pour simuler le combat, rejouer ce qui se passe à deux pas, sur l’asphalte…

Et puis il y a ce grondement au fond de lui, ce rugissement qui se rapproche et n’existe que dans son crâne… Lars n’arrive pas à en faire abstraction. Ce sont bien des fauves qu’il entend rugir dans sa tête ? Qui les a convoqués ? Pourquoi les gens autour de lui désirent-ils tant le voir à terre ? Ils sont tous là, ils lui en veulent, à lui, personnellement,  c’est sûr. 

Ils sont tous contre lui, ils sont pleins de haine parce qu’ils connaissent son passé, c’est sûr. Tous sont venus se régaler du spectacle de sa déchéance. Et leurs cris font écho aux grondements des fauves…

 

Note : ♥♥♥♥

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